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Modèle Ergodivergence

Ergodivergence est un modèle clinique en ergothérapie qui conceptualise le fonctionnement des personnes neurodivergentes comme étant fondamentalement variable, dépendant de leur état interne (énergétique, neurophysiologique et émotionnel). Il propose une approche dynamique où l’intervention est continuellement ajustée en fonction de la capacité réelle du moment, afin de soutenir une participation occupationnelle adaptée, réaliste et durable.

Veuillez prendre note que puisque le modèle est encore en développement actif, il n'est présentement disponible qu'en anglais. Merci de votre compréhension.

Modèle ergodivergence

Les stades du modèle Ergodivergence

Le modèle Ergodivergence propose une façon dynamique de comprendre le fonctionnement humain et d’adapter les interventions selon ce qui est réellement accessible dans le moment présent.Chaque stade représente un besoin différent.

 

L’objectif n’est pas d’avancer le plus vite possible, mais de travailler à partir de ce qui est actuellement soutenable pour la personne.

🔴 Stabilisation

“Je suis assez en sécurité pour fonctionner.”

À ce stade, la personne est souvent en état de surcharge, d’épuisement, d’hypervigilance ou de débordement. Le quotidien peut sembler difficile à gérer, même pour les tâches de base.

L’objectif n’est pas encore la performance ou les grands changements, mais plutôt de :

  • diminuer la surcharge;

  • réduire les exigences;

  • retrouver un minimum de prévisibilité;

  • réintroduire doucement certains repères;

  • et reconstruire un sentiment de sécurité physique, émotionnelle ou sensorielle.

 

Le travail peut inclure l’environnement, le rythme de vie, la récupération, les besoins sensoriels, le sommeil, la gestion de l’énergie ou l’identification des sources d’overload.

🟠 Activation

“Je suis capable de commencer.”

Ici, la difficulté tourne souvent autour de l’initiation : commencer une tâche, maintenir un élan ou passer à l’action malgré la fatigue, la surcharge ou les fonctions exécutives.

La personne peut savoir quoi faire… sans réussir à démarrer.

L’objectif devient alors de :

  • réduire la friction;

  • rendre les tâches plus accessibles;

  • utiliser des micro-étapes;

  • soutenir l’initiation;

  • créer des boucles de réussite plus réalistes;

  • et diminuer la charge mentale liée à l’action.

L’approche mise souvent sur le concret, la flexibilité, les intérêts de la personne, l’environnement et des stratégies plus soutenables que la simple “discipline”.

🟡 Régulation

“Je peux avancer sans m’épuiser.”

À ce stade, la personne arrive davantage à fonctionner, mais le coût énergétique peut demeurer très élevé.

Certaines personnes peuvent alterner entre :

  • hyperfonctionnement;

  • périodes d’épuisement;

  • difficultés à s’arrêter;

  • dépassement des limites;

  • ou cycles de “crash”.

L’objectif est donc de développer une meilleure capacité à :

  • reconnaître les signaux du corps;

  • identifier les limites avant le débordement;

  • ajuster le rythme;

  • intégrer des périodes de récupération;

  • et construire un fonctionnement plus stable et soutenable à long terme.

Le travail autour du pacing, de la récupération et de la conscience corporelle devient souvent central.

🟢 Intégration

“Je peux fonctionner dans la vraie vie.”

Les stratégies commencent ici à se transférer dans le quotidien réel.

La personne développe davantage de flexibilité pour :

  • adapter ses routines;

  • naviguer les imprévus;

  • gérer différents environnements;

  • maintenir certaines habitudes;

  • et utiliser les stratégies dans plusieurs contextes de vie.

Le travail ne se limite plus seulement aux séances ou aux exercices ciblés, mais s’intègre progressivement :

  • au travail;

  • aux études;

  • aux relations;

  • aux loisirs;

  • et au fonctionnement quotidien global.

L’objectif est de construire un système plus réaliste, flexible et compatible avec la vraie vie.

🔵 Consolidation

“Je peux m’ajuster moi-même.”

À ce stade, la personne développe davantage d’autonomie dans la compréhension de son propre fonctionnement.

Elle devient progressivement plus capable :

  • d’identifier ses besoins;

  • de reconnaître les signes de surcharge;

  • d’ajuster ses stratégies;

  • de prévenir certaines rechutes;

  • et de modifier son environnement ou son rythme lorsque nécessaire.

Le fonctionnement devient souvent moins basé sur la compensation constante et davantage sur une meilleure connaissance de soi, de ses limites et de ses besoins réels.

L’objectif n’est pas d’atteindre un fonctionnement “parfait”, mais de développer une capacité plus durable d’adaptation, d’ajustement et d’autogestion au quotidien.

Important

Le fonctionnement humain n’est pas fixe ni linéaire.

Une même personne peut se retrouver dans différents stades selon le contexte, l’environnement, le niveau d’énergie disponible ou les exigences du moment. Il est aussi normal que ces stades fluctuent avec le temps.

L’objectif du modèle n’est donc pas d’atteindre un fonctionnement “parfait”, mais de mieux comprendre ce qui influence réellement le quotidien afin d’adapter les interventions de façon plus réaliste, flexible et humaine.

Les domaines du quotidien

Le fonctionnement humain n’est pas uniforme dans toutes les sphères de la vie.

 

Une personne peut, par exemple, réussir à maintenir son travail ou ses études tout en ayant énormément de difficulté avec les tâches domestiques, les loisirs ou les relations sociales. À l’inverse, certaines activités peuvent demeurer accessibles et énergisantes malgré des difficultés importantes dans d’autres domaines.

 

Le modèle Ergodivergence propose donc d’observer le fonctionnement à travers différents domaines du quotidien, comme :

  • les soins personnels;

  • la vie quotidienne et domestique;

  • la productivité (travail, études, responsabilités);

  • les loisirs et intérêts;

  • la vie sociale et relationnelle.

 

Chaque domaine peut évoluer différemment selon :

  • l’énergie disponible;

  • les exigences de l’environnement;

  • la charge mentale;

  • la douleur ou la fatigue;

  • la sécurité ressentie;

  • les intérêts de la personne;

  • ou les stratégies actuellement accessibles.

 

Une même personne peut donc se retrouver dans des stades différents selon l’occupation observée. Par exemple, être davantage en intégration au travail, mais encore en stabilisation dans la gestion du quotidien à la maison.

 

Cette vision permet une compréhension plus nuancée et réaliste du fonctionnement humain, en évitant de réduire une personne à une seule “capacité globale” de fonctionner.

Exemple de domaines d'occupation

Le cadre d’intervention clinique

Modèle d'intervention pour les cliniciens

Le modèle Ergodivergence propose également un cadre de réflexion clinique visant à aider les thérapeutes à mieux comprendre ce qui se passe pendant une séance et à ajuster leurs interventions en fonction de ce qui est réellement accessible pour la personne.

L’objectif n’est pas seulement de regarder le comportement observable, mais aussi de mieux comprendre :

  • l’état actuel de la personne;

  • le contexte dans lequel la difficulté apparaît;

  • les patterns qui reviennent;

  • et la fonction possible du comportement observé.

1. Observation

L’intervention débute par une observation plus large du fonctionnement dans le moment présent.

Le modèle encourage à observer :

  • l’état physique, émotionnel ou sensoriel;

  • les comportements observables;

  • les patterns récurrents;

  • le contexte environnemental;

  • ainsi que la fonction potentielle du comportement.

L’objectif est de dépasser une lecture basée uniquement sur la motivation, la collaboration ou la performance visible.

Par exemple :

  • éviter une tâche peut parfois être lié à la surcharge;

  • l’agitation peut servir à réguler;

  • l’arrêt d’une activité peut être une tentative de protection plutôt qu’un manque d’intérêt.

2. Interprétation

Une fois les observations recueillies, le modèle propose de réfléchir à ce que le comportement tente possiblement de gérer ou de réguler.

Une question centrale devient alors : Le comportement observé est-il :

  • une forme d’évitement?
    ou

  • une tentative de régulation?

Cette distinction influence énormément la suite de l’intervention.

Le modèle introduit aussi la notion de productive avoidance : certaines stratégies d’évitement peuvent parfois représenter une adaptation temporairement utile permettant à la personne de préserver son fonctionnement, récupérer ou éviter un dépassement important.

3. Décision clinique

Le thérapeute réfléchit ensuite à la capacité actuelle de la personne plutôt qu’à la direction “idéale” théorique.

Le modèle propose alors trois grandes options :

  • Continuer : lorsque la demande semble accessible et soutenable;

  • Adapter : lorsque certaines modifications sont nécessaires;

  • Régresser temporairement : lorsque le niveau actuel dépasse les capacités disponibles dans le moment.

Cette régression n’est pas vue comme un échec, mais comme un ajustement clinique visant à préserver le fonctionnement à long terme.

4. Objectif

Les objectifs sont ensuite ajustés selon :

  • le domaine de vie concerné;

  • le stade actuel du modèle;

  • et le niveau réel de fonctionnement accessible.

L’objectif n’est pas seulement d’augmenter la performance, mais aussi :

  • de réduire le coût des tâches;

  • améliorer la récupération;

  • soutenir la régulation;

  • favoriser le transfert dans la vraie vie;

  • et développer un fonctionnement plus soutenable.

5. Action

Les interventions cherchent ensuite à “fermer la boucle” de façon réaliste et accessible.

Cela peut inclure :

  • des micro-actions;

  • des adaptations environnementales;

  • des stratégies de régulation;

  • des modifications du rythme;

  • des activités significatives;

  • ou des ajustements dans les attentes et exigences.

L’intervention est pensée comme un processus flexible plutôt qu’un protocole rigide.

6. Évaluation

Le modèle propose finalement d’évaluer non seulement le résultat visible, mais aussi :

  • le coût énergétique;

  • la récupération;

  • la stabilité dans le temps;

  • la transférabilité dans le quotidien;

  • et les fluctuations possibles.

Les variations du fonctionnement ne sont pas automatiquement interprétées comme des échecs ou des rechutes.

Le modèle reconnaît que le fonctionnement humain fluctue naturellement selon :

  • l’environnement;

  • la fatigue;

  • la douleur;

  • la surcharge;

  • les exigences;

  • et de nombreux autres facteurs.

L’évaluation permet donc d’ajuster continuellement l’intervention afin qu’elle demeure réaliste, flexible et adaptée au contexte réel de la personne.

Critères de progression entre les stades

Le modèle Ergodivergence propose également des repères cliniques pouvant aider à observer l’évolution du fonctionnement au fil du temps.

 

Ces critères ne servent pas à “classer” une personne de façon rigide, mais plutôt à soutenir le raisonnement clinique et à guider l’ajustement des interventions selon ce qui devient progressivement plus accessible et soutenable.

Le passage d’un stade à un autre ne dépend donc pas uniquement de la performance visible, mais aussi :

  • du coût énergétique;

  • de la récupération;

  • de la tolérance;

  • de la stabilité du fonctionnement;

  • et de la capacité d’adaptation dans différents contextes.

Les principaux éléments observés

Contact avec la tâche

Capacité à entrer en contact avec une activité et à y demeurer engagé sans surcharge immédiate, shutdown important ou évitement rapide.

  • Le modèle considère notamment :

  • la durée d’engagement possible;

  • le niveau de demande de la tâche;

  • la présence de détresse ou d’overload;

  • et la nécessité de soutien externe.

Initiation et complétion

Capacité à commencer, poursuivre et terminer une tâche de façon réaliste et soutenable.

L’observation porte entre autres sur :

  • l’initiation spontanée ou assistée;

  • la capacité à maintenir l’action;

  • les interruptions fréquentes;

  • le coût après l’effort;

  • et la nécessité d’adaptations ou de soutien.

Capacité de récupération

Temps et énergie nécessaires pour récupérer après une activité physique, cognitive, émotionnelle ou sensorielle.

Le modèle considère :

  • la présence de crash ou d’épuisement post-effort;

  • la durée de récupération;

  • l’impact sur les autres occupations;

  • et la stabilité du fonctionnement après l’activité.

Conscience corporelle

Capacité à reconnaître les signaux internes du corps avant d’atteindre un niveau important de surcharge ou de dérégulation.

Cela peut inclure :

  • la fatigue;

  • les tensions;

  • la douleur;

  • la surcharge sensorielle;

  • l’agitation;

  • ou les signes précurseurs de débordement.

Tolérance

Capacité à tolérer un certain niveau :

  • d’effort;

  • d’inconfort;

  • de stress;

  • de stimulation sensorielle;

  • de variabilité;

  • ou d’incertitude;

tout en maintenant un niveau de fonctionnement relativement soutenable.

Une progression non linéaire

La progression à travers les stades n’est pas toujours constante ni prévisible.

 

Une personne peut :

  • progresser dans certains domaines;

  • fluctuer selon son environnement;

  • avoir besoin de revenir temporairement à des stratégies de stabilisation;

  • ou fonctionner différemment selon le niveau de demande du quotidien.

  •  

Ces fluctuations ne sont pas nécessairement des échecs ou des régressions. Elles font partie du fonctionnement humain réel et des ajustements continus nécessaires pour maintenir un équilibre plus durable.

Exemple d’application clinique du modèle

Exemple pour chaque stades dans un domaine d'occupation

Le modèle Ergodivergence peut être utilisé comme guide pour structurer le raisonnement clinique et ajuster les interventions selon le stade actuel de fonctionnement de la personne.

L’exemple présenté ici utilise le domaine des soins personnels, mais le modèle peut s’appliquer à plusieurs sphères du quotidien.

Observation

Le thérapeute observe :

  • l’état actuel;

  • les comportements;

  • les patterns;

  • le contexte;

  • et les réactions du système.

 

L’objectif est de comprendre ce qui influence réellement le fonctionnement dans le moment présent.

Interprétation

Le modèle cherche ensuite à identifier ce qui bloque réellement :

  • surcharge;

  • difficulté d’initiation;

  • problème de régulation;

  • difficulté de transfert;

  • ou besoin d’adaptation.

 

Deux comportements similaires peuvent avoir des causes très différentes.

Décision

L’intervention est ensuite ajustée selon la capacité disponible :

  • continuer;

  • adapter;

  • ou régresser temporairement.

Le but est de préserver un fonctionnement soutenable plutôt que pousser au dépassement.

Objectif

Les objectifs changent selon le stade :

  • tolérer la tâche;

  • commencer;

  • ralentir avant le crash;

  • transférer dans le quotidien;

  • ou développer l’autonomie.

Action

Les interventions utilisent de petites expérimentations concrètes :

  • micro-tâches;

  • adaptations;

  • pacing;

  • soutien à l’initiation;

  • essais dans le contexte réel.

Évaluation

Le modèle évalue :

  • la tâche réalisée;

  • le coût énergétique;

  • la récupération;

  • la transférabilité;

  • et les fluctuations du fonctionnement.

L’objectif n’est pas la perfection, mais un fonctionnement plus réaliste, flexible et durable.

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